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L’est Républicain du 23 Août 1992
L’eau suisse n’arrive plus à Croix
Depuis deux jours, ce sont les pompiers de Beaucourt qui alimentent les habitants de Croix en eau … non potable.
L’intervention des pompiers de Beaucourt ne peut être que provisoire. Si aucune solution n’est trouvée, les cent vingt huit habitants de la petite commune de Croix, à la frontière du Territoire de Belfort et de la Suisse, ne recevront même plus d’eau non potable.
Depuis jeudi soir, les Suisses ont fermé le robinet à la frontière. Le contrat qui lie le syndicat de Haute-Ajoie au syndicat des eaux de Croix prévoit en effet que les secteurs Suisses sont prioritaires sur les communes françaises. Mais les habitants de Croix sont mécontents : leurs voisins helvétiques ne les ont même pas prévenus de leurs difficultés d’approvisionnement.

La Suisse assoiffe les frontaliers
Les habitants de la commune de Croix, dans le Territoire de Belfort, sont privés d’eau potable depuis jeudi soir. La suisse voisine a fermé le robinet d’alimentation.
Les cent vingt huit habitants d’une petite commune frontalière de la Suisse, dans le Terriotire de Belfort vivent depuis vendredi au rythme des allers et venues du camion citerne des pompiers de Beaucourt. Les habitants de Croix sont mécontents : « c’est un coup des Suisses, ils ont coupé l’eau sans prévenir, on n’a même pas pu faire de provisions » s’indigne Daniel Cazé, très inquiet pour l’alimentation de ses quatre poneys, ses lapins, ses poules. Vendredi matin, le maire de la commune, Gabriel Bideaux a pris les devants en appelant les pompiers à la rescousse : « jeudi soir, il n’y avait plus d’eau aux robinets du village, la réserve du château était vide ! Il fallait réagir rapidement car les agriculteurs de la commune possèdent dans les cinq cents bêtes. A raison de cinq litres par bête et par jour, vous imaginez les besoins. » explique le premier magistrat.
Intervention provisoire des pompiers : Le maire a informé ses concitoyens que l’eau apportée par les pompiers de Beaucourt n’est pas potable. Elle provient local d’incendie d’Abbevillers, dans le Doubs, commune voisine de trois kilomètres, mais le camion de 2500 litres aux couleurs du SDIS n’étant pas fait pour ce genre de transport, l’eau ne peut pas répondre aux normes de potabilité. Qui plus est, le château d’eau est alimenté via les bouches d’incendie, ce qui provoque de nombreuses remontés d’impuretés.
De leur coté, les pompiers indiquent que leurs interventions ne peuvent être que provisoires. La commune de Croix se trouve donc dans une impasse. Le syndicat des eaux dont elle fait partie regroupe des villages frontaliers, Villars-le-sec, Abbevillers, Pierrefontaine-les-Blamont, à cheval sur le Territoire de Belfort et le Doubs.
« Les Suisses ne veulent rien entendre » : Ces communes ont passé un contrat d’alimentation avec le syndicat des eaux de haute-Ajoie, qui regroupe les villes suisses de la région de Bure.
« Le contrat signé prévoit que la priorité est donnée à l’alimentation des secteurs suisses. Leurs besoins augmentent en été, alors ils ferment le robinet à la frontière et ne veulent rien entendre. Ce n’est pas une solution ! » se lamente le maire de Croix. Cette baisse de pression provoquée par les Suisses condamne Croix à vivre sans eau. La commune se trouve en effet, en fin de réseau.
Gabriel Bideaux a rendez-vous demain avec le secrétaire général de la préfecture de Belfort, la direction de l’agriculture et le président de son syndicat des eaux (les suisses ont décliné l’invitation). Il proposera une solution, la construction d’un réservoir supplémentaire d’environ 600 mètres cubes estimé à 30000 F.
En attendant, les habitants de sa commune sont tributaires de la bonne volonté des voisins helvétiques. « Ce sont des vaches, en fait ils ont assez d’eau, ils craignent seulement d’en manquer alors ils diminuent la pression. Tout ça n’est pas normal » commente Daniel Cazé. A l’autre bout du village sur la D50, dernière maison de la commune avant la frontière, Jacqueline Dacourt déchargeait, hier matin, des bouteilles d’eau minérale du coffre de sa voiture. Il est peu probable qu’elle ait été les acheter en, suisse. (Philippe Mercier)








